Il y a 10 ans, les inondations de Rivière-au-Renard

Il y a 10 ans, les inondations de Rivière-au-Renard

La rivière Morris est sortie de son lit vers 2 h du matin, forçant l'évacuation de plus de 250 personnes.

Crédit photo : Photo Le Pharillon – Archives

La date du 9 août 2007 restera marquée de manière indélébile dans l’esprit des gens de Rivière-au-Renard et de Corte-Real, qui ont été malmenés par des pluies torrentielles il y a exactement 10 ans aujourd’hui.

Les précipitations ont été telles que la rivière Morris a monté de près de 5 pieds à certains endroits, sortant de son lit vers 2 h du matin et forçant l’évacuation de plus de 250 personnes. Avec la force du courant, une résidence a été emportée à la dérive et s’est coincée sous un pont, entraînant malheureusement la mort de deux personnes. La veille, le 8 août 2007, tout juste avant midi, les météorologues s’attendaient à des précipitations relativement importantes, avec par exemple entre 30 et 40 mm dans le secteur du parc national Forillon. Mais rien ne laissait présager le pire. Finalement, c’est environ 115 millimètres en 10 heures qui sont tombés sur certains secteurs, dont Rivière-au-Renard, avec les conséquences que l’on connaît (l’année suivante, Environnement Canada confirmait que ces pluies diluviennes étaient alors parmi les plus importants événements de pluies abondantes mesurées au Québec).

Plusieurs ponts et plusieurs routes ont été endommagés, une vingtaine de commerces ont été touchés – privant plusieurs personnes de leur emploi – la garderie ne pouvait plus ouvrir ses portes, plus de 250 personnes ont été évacuées et 71 résidences ont au final été reconstruites ou déménagées. Chacun des sinistrés a sa propre histoire et se rappelle probablement encore du déroulement précis de cette fameuse nuit et de toutes les épreuves à surmonter au fil des ans. De son côté, le maire de l’époque, François Roussy, se souvient lui-aussi de cette journée comme si c’était hier. « Ç’a été une nuit d’enfer […]  C’est l’événement le plus traumatisant de toute ma vie. Il y a des centaines de personnes qui sont en détresse et dans l’attente que tu fasses quelque chose pour leur venir en aide […] Tu dois regrouper tout le monde et être efficace, même si la situation est difficile et presque impossible à prévoir. »

Ce dernier se rappelle avoir été réveillé par son directeur général (Gaétan Lelièvre, maintenant député) venu cogner à sa porte aux petites heures du matin et que les mesures d’urgence ont été rapidement été déclenchées. Heureusement, un plan d’intervention avait été élaboré pendant les deux années précédentes et venait tout juste d’être adopté. La marche à suivre était donc prête, avec un organigramme détaillé des personnes à joindre et des mesures à déployer.

Photo Le Pharillon – Archives

Souvenir douloureux

Évidemment, l’emphase a été mise à évacuer les personnes toujours emprisonnées de leur maison. En pleine nuit, des résidents étaient évacués par bateau ou en montant littéralement à bord de pelles mécaniques. Mais après un moment, la nouvelle de deux personnes manquant à l’appel est arrivée. De l’avis de François Roussy, de manière globale, le plan d’urgence a été bien enclenché et bien suivi, mais cette ombre au tableau demeure un moment très douloureux.

« Je pense que tout le monde a fait le mieux qu’il pouvait dans les circonstances. Si j’avais quelque chose à changer, ça serait évidemment de sortir ces gens qui se sont noyés, laisse-t-il tomber, visiblement ému. Dans tout ça, la chose qu’on aimerait revoir, c’est de les sauver … mais collectivement, le bilan aurait pu être vraiment pire, c’est certain. »

Bluff réussi

Après la tempête, la reconstruction. À l’heure où le taux d’inoccupation était à son plus bas à Gaspé, difficile de reloger rapidement toutes les personnes touchées. Et en toile de fond, l’hiver qui n’était plus qu’à quelques mois de là. Dès le lendemain, tous mettent donc l’épaule à la roue pour apporter leur contribution. Une campagne de financement est notamment lancée avec la Croix-Rouge et des représentations sont faites pour bonifier les sommes d’indemnisation admissibles. De son côté, François Roussy reçoit un appel du premier ministre Jean Charest. Bien qu’il n’ait reçu aucune confirmation de sa visite, il déclare aux journalistes que ce dernier viendra sous peu voir l’état de la situation, même s’il est présentement à Moncton pour assister au Conseil de la fédération.

« Je savais que le premier ministre devait venir voir l’ampleur des dommages. C’est surtout que quand il se déplace, après, tout l’appareil gouvernemental s’enclenche. Il fallait faire quelque chose. Finalement, il est venu avec sa conjointe et sa fille … » Le 6 septembre 2007, les modalités d’un programme d’aide financière spécifique ont d’ailleurs été annoncées, qui prévoyait une somme maximale de 100 000 $ pour les résidents établis dans la zone à risque, peu importe leur évaluation municipale. La campagne de financement a aussi permis d’engranger 1,5 million de dollars, soit 13 000$ pour chacun des sinistrés admissibles. Au-delà des arias financiers, il y a évidemment l’aspect psychologique et social qui a marqué la communauté. Mais comme relaté récemment, le vaste plan de revitalisation du centre-ville de Rivière-au-Renard suit son bonhomme de chemin et saura certainement marquer un renouveau, ou à tout de moins mettre un baume sur ces plaies encore tangibles, ce qui marquera la prochaine étape dans l’histoire de cette communauté côtière tissée serrée. Par devoir de mémoire et pour souligner ce 10e anniversaire, des panneaux d’interprétation ont d’ailleurs été installés à Rivière-au-Renard et à Corte-Real, elle-aussi durement touchée par les inondations. « Des gens ont perdu des souvenirs et des milieux de vie. Du jour au lendemain, se relocaliser, c’est loin d’être évident. Beaucoup ont vécu un choc et encore aujourd’hui sont impactés de ça, mais j’espère qu’aujourd’hui la communauté n’en ressortira que plus forte », conclut l’ex-maire.

La Ville est prête

D’autres importantes inondations ont eu lieu à Rivière-au-Renard en 2010. De l’avis de la Ville de Gaspé, les équipes d’urgence ont acquis une solide expérience et sont parés advenant une autre telle éventualité. Sur le terrain, depuis 2007, les zones inondables ont été élargies pour éviter les constructions trop près des cours d’eau. Les assises des ponts reconstruits ont également été élargies pour faciliter l’écoulement des eaux. « On a plus d’expérience c’est certain et le déploiement déjà efficace à l’époque le serait encore davantage », estime le maire Daniel Côté, qui se rappelle aussi cette fameuse journée qui revêtait des allures post-apocalyptiques.