Une victoire partielle pour les paramédics de la Gaspésie

Une victoire partielle pour les paramédics de la Gaspésie

La Gaspésie compte maintenant très exactement 13 zones desservies par des horaires de l'heure et 13 autres par des horaires de faction.

Crédit photo : Photo Le Pharillon – Jean-Philippe Thibault

Plusieurs paramédics du sud de la Gaspésie ont crié victoire après avoir appris que leur horaire dite de faction allait se convertir en horaire de l’heure.

Les équipes basées à Grande-Rivière, Gascons, Paspébiac, Bonaventure, Maria et Nouvelle travailleront maintenant toutes selon un horaire « régulier » avec des journées de 8, 10 ou 12 heures, par exemple. Auparavant, ces paramédics devaient plutôt être disponibles à tout moment du jour ou de la nuit, 24 heures sur 24, et être à moins de 5 minutes de leur ambulance si jamais un appel d’urgence était logé.

Cette conversion de six équipes représente un investissement de 4,9 millions de dollars, soit un peu plus de 800 000$ pour chacune d’elles. « Ces mesures de bonification s’ajoutent à celles déjà annoncées en novembre, et visent à offrir une présence accrue de véhicules préhospitaliers d’urgence dans plusieurs régions où cela s’avère nécessaire pour mieux répondre aux besoins de la population », a souligné via communiqué Gaétan Barrette, le ministre de la Santé et des Services sociaux. Avec les six nouvelles équipes converties, la Gaspésie (de Cap-Chat à Saint-Alexis-de-Matapédia) compte très exactement 13 zones desservies par des horaires de l’heure et 13 autres par des horaires de faction.

Oui, mais …

Cette question de conversion des horaires de faction vers les horaires à l’heure est débattue depuis longtemps par les paramédics eux-mêmes et leurs syndicats. Si cette annonce a été unanimement saluée, elle a surtout permis de relancer le débat de plus belle, plusieurs notant au passage que le nord de la Gaspésie possède encore son lot de travailleurs sur appel.

C’est notamment vrai pour les deux équipes de Grande-Vallée et celles de Mont-Louis, Murdochville et Rivière-au-Renard. C’est aussi le cas pour l’une des deux équipes à Gaspé. À Percé, on compte une équipe supplémentaire pendant la période estivale, qui est sur place pendant 10 semaines à raison de 10 heures par jour, de 9 à 19 h. L’autre équipe permanente est de faction.

Pour Jérémie Landry, président de la Fraternité des paramédics du Grand-Gaspé et adjoint aux relations de travail de la Fédération des employés du préhospitaliers du Québec (FPHQ) pour l’Est du Québec, c’est un pas dans la bonne direction, mais il reste encore du travail à faire. « On salue l’initiative du ministre. C’est une bonne chose qu’il y ait eu beaucoup d’abolitions d’horaires de faction dans l’Est-du-Québec, mais ce qu’on déplore, c’est que ça n’a pas été équitable pour toute la Gaspésie. Il n’y a eu aucune conversion du côté nord. La game se joue beaucoup sur les statistiques qui ont été données par le CISSS au ministère », estime-t-il.

Calcul erroné?

Dans les régions où cohabite une couverture ambulancière de faction et à l’heure, le ministère de la Santé base ses décisions sur différents calculs. Pour avoir droit à un horaire à l’heure, une zone doit par exemple atteindre un volume annuel de 3 000 transports. Du 1e avril 2016 au 31 mars 2017, aucune zone en Gaspésie n’atteignait ce nombre, selon les données fournies par le CISSS. Il y en avait par exemple 2 056 pour le Grand Gaspé et 2 127 pour le secteur de Sainte-Anne-des-Monts, qui comprend également Cap-Chat, Grande-Vallée, Mont-Louis et Murdochville. Le secteur de Grande-Rivière, Chandler et Gascons en compte quant à lui 2 130.

Ceci dit, les équipes ambulancières qui franchissent la barre des 28 heures d’utilisation par semaine en moyenne sur une base annuelle peuvent également espérer se convertir aux horaires de l’heure. À première vue, selon Jérémie Landry, des zones comme à Sainte-Anne-des-Monts ou Rivière-au-Renard seraient très proches de ces chiffres et mériteraient d’être converties.

« Il y des petits incohérences selon nous. On va vérifier ça pour essayer de comprendre pourquoi tout a été donné du côté sud au lieu d’être appliqué équitablement entre d’autres points plus chauds en Gaspésie », explique celui qui plaide pour l’assouplissement de ces normes, voire l’élimination complète des horaires de faction. « On s’est rendu compte que chaque CISSS donne ses chiffres au ministère mais qu’aucun d’entre eux ne calcule les statistiques ambulancières de la même manière. J’ai fait le travail à Mont-Joli avec les chiffres fournis par l’employeur et une liste de 50 pages des appels, pour un an au complet. Il y avait une différence de 4 ou 5 heures pour la moyenne d’utilisation des ambulances dans une semaine. Il y a donc peut-être des mauvaises statistiques envoyées au ministère. On s’engage à aller revérifier les statistiques pour s’assurer que tout a été attribué équitablement. »

Même évaluation

Du côté du CISSS de la Gaspésie, on rappelle que le ministère évalue en continu les besoins de la population quant aux ressources ambulancière et que si cette évaluation révélait qu’un ajout de nouvelles ressources ambulancières était nécessaire dans une zone pour assurer la sécurité des citoyens, celle-ci serait alors considéré.

« Les conversions d’horaire ont été faites en Gaspésie là où cela s’avérait nécessaire, c’est-à-dire là où l’utilisation des ambulances atteignait le seuil de 28 heures d’occupation par semaine, nous a répondu par courriel la porte-parole du CISSS, Geneviève Cloutier. Toutes les zones de la Gaspésie font donc l’objet de cette surveillance, comme toutes les autres régions. Le processus suivra son cours selon les résultats. La méthode d’évaluation est appliquée de la même façon sur l’ensemble du territoire québécois par soucis d’équité. »

Appuis politiques

Parmi leurs alliés, les paramédics peuvent compter sur plusieurs maires et plusieurs députés. Du lot, Gaétan Lelièvre qui a tenu à dénoncer l’exclusion de la MRC de la Haute-Gaspésie ainsi que du secteur de l’Estran en regard de la récente annonce du ministère de la Santé et des Services sociaux. Ce dernier rappelle qu’une vie dans le secteur nord de la Gaspésie est aussi importante qu’ailleurs au Québec et qu’on ne peut créer deux classes de citoyens. « Les patients et accidentés de la Haute-Gaspésie et de l’Estran ont droit à un délai de réponse des services ambulanciers semblable à ceux des autres Québécois et Gaspésiens! », plaide-t-il.

Le député indépendant ajoute que le peu de justifications reçues des instances gouvernementales dans ce dossier se limitent à des normes, des critères et des statistiques « qui une fois de plus démontrent le mur à mur des programmes gouvernementaux et l’absence de considération en regard des réalités régionales comme celles prévalant sur une partie de la Gaspésie, notamment le secteur nord. »

Gaétan Lelièvre demande donc au ministre de la Santé et au CISSS de la Gaspésie de poser les gestes nécessaires afin de régler les problématiques de santé et de services paramédicaux dans l’Estran et en Haute-Gaspésie.

« Peut-on mettre de côté les paramètres conventionnels et faire preuve de gros bon sens et d’adaptation afin de régler les défis rencontrés dans ces deux secteurs? Est-ce que l’occupation du territoire s’avère un concept strictement théorique pour le gouvernement du Québec? Il y a ici dans ce dossier une belle occasion pour le gouvernement de passer de la parole aux actes. Il faut absolument placer la santé et la sécurité des citoyennes et citoyens au cœur des décisions », conclut-il.