Maîtres du désert marocain

Maîtres du désert marocain

Carolanne Fournier et Samantha Diotte ont maîtrisé les défis et les surprises du désert marocain.

Crédit photo : Photo Gracieuseté Roses des Sables

S’amuser avec sa camionnette à s’enfoncer et à se sortir de la vase ou de la neige, c’est une chose, mais s’amuser à parcourir quelque 5 000 kilomètres dans le sable brûlant du désert alors qu’on a jamais touché à une boussole de sa vie, c’en est une autre.

C’est pourtant le défi que se sont lancé sur un coup de tête Carolanne Fournier et Samantha Diotte, deux jeunes femmes de Corte-Real, en s’inscrivant au célèbre Trophée Roses des Sables, un rallye raid d’une dizaine de jours exclusivement féminin qui se tient au cœur du Maroc.

Après avoir amassé la coquette somme de 25 000$ pour l’inscription et avoir loué leur véhicule (un Toyota Land Cruiser 2005) dans la région de Bordeaux, en France, les deux acolytes ont traversé l’Espagne pour ensuite se rendre sur le continent africain. C’est à partir de ce point que l’aventure a réellement commencé. Carolanne s’est chargée de la conduite alors que Samantha faisait office de copilote. Sauf que cette dernière n’était pas tout à faire familière avec les outils mis à sa disposition.

« La veille du départ, c’était la première fois que je voyais un road book. Et j’avais jamais utilisé une boussole de ma vie. Cinq minutes avant le départ, je ne savais même plus comment elle marchait. J’ai commencé à paniquer … On ne peut pas dire qu’on avait de l’expérience dans les rallyes avant d’aller là-bas », avoue candidement la copilote.

Départ canon

Qu’à cela ne tienne, avec une bonne dose de courage et de confiance, tout le monde sait que les Gaspésiennes peuvent accomplir à peu près n’importe quoi. Ne se fiant qu’à leur instinct et leur propre lecture des différentes étapes, elles ont avancé lentement mais sûrement dans le parcours désertique qui s’offrait devant elles.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le Trophée Roses des Sables n’est pas une course à proprement dit. Le but n’est pas de se rendre le plus rapidement à destination, mais plutôt de trouver le chemin le plus court pour s’y rendre, en accumulant le moins de kilomètres au compteur – donc de trouver le chemin le plus direct – peu importe le temps pour y parvenir. Plus souvent qu’autrement, notre duo gaspésien était le premier sur la ligne de départ, mais rentrait au bercail au crépuscule, parmi les dernières, après 160 ou 180 kilomètres dans le désert et 12 heures de route.

« À certains points, moi je me disais qu’il fallait aller tout droit, sauf que toutes les autres partaient dans un autre sens alors tu finis par te remettre en question. Mais on a fait à notre tête et on a suivi absolument personne. Il faut que tu sois stratégique aussi. Je prenais mon temps, faisais ma case [dans le road book] et quand elle était finie, je débarquais, j’allais en avant du Jeep, je prenais mon cap et je disais qu’on allait dans une direction pendant tant de kilomètres, même si je voyais les autres partir dans une autre direction », analyse Samantha.

Samantha Diotte et Carolanne Fournier lors de la remise de prix.

Une bonne surprise

De son côté, Carolanne gardait les yeux sur le terrain et veillait à soutirer le meilleur de leur véhicule selon les différentes conditions de la route. Force est de constater que leur stratégie était la bonne puisqu’au terme de la première étape, elles étaient dans le peloton de tête au classement général et dans la catégorie 4X4, la plus importante de la compétition. Au total, il y avait cette année 124 équipes d’inscrites dont seulement une dans la catégorie moto, deux dans celle des quatre-roues et un peu plus d’une douzaine dans celle des SSV, les fameux côte-à-côte. C’est donc dire que plus dune centaine d’équipes ont pris d’assaut le désert marocain dans la catégorie des 4X4.

Chemin faisant, Carolanne et Samantha ont cumulé les bonnes performances et ont su éviter les ennuis mécaniques. À l’étape des dunes, si plusieurs concurrentes ont fait surchauffer leur moteur, ont fait éclater leurs vitres ou ont embouti leur parechoc, les deux Gaspésiennes ont réussi à déjouer les pièges du désert, dont la température oscillait à ce temps de l’année entre 32 et 38 degrés Celsius. C’est donc un peu contre toute attente qu’au final, les deux jeunes femmes de 22 ans ont fait mieux que tout le monde et qu’elles ont réussi à décrocher la première position de leur catégorie, et la deuxième au classement général derrière une autre équipe québécoise en côte-à-côte. « On allait pas là pour la compétition, mais vraiment pour se faire du fun et rencontrer du monde. À certaines étapes on pensait que ça allait mal, mais on a fini par gagner! »

Mission sociale

En plus du volet compétitif, le Trophée Roses des Sables œuvre pour plusieurs causes dont la lutte au cancer du sein et le soutien financier aux femmes isolées. L’organisation soutient aussi depuis plus de 10 ans l’association Enfants du Désert, qui vient en aide matériellement et humainement aux enfants marocains démunis.

Chaque équipage du rallye apporte 50 kg de produits d’hygiène qui sont remis aux mères marocaines. Dix tonnes de matériel sont ainsi offertes à chaque édition. Au-delà du volet course, c’est d’ailleurs l’incursion au cœur du Maroc qui demeure l’élément le plus marquant.

« C’est certain qu’on a gagné le rallye dans notre catégorie et que c’est à voir avec les dunes, le paysage et tout. Mais ce qui marque le plus c’est vraiment les communautés là-bas. On pouvait faire 2 heures dans le désert avec rien à perte de vue et tomber sur 3 maisons avec des enfants qui te saluent … Tu te rends compte que c’est pauvre, qu’ils n’ont pas grand chose et surtout qu’on voit comment on est bien ici. C’est le mode de vie là-bas qui marque le plus dans tout ça », conclut Samantha Diotte. Quoiqu’il en soit, les deux Gaspésiennes peuvent être fières de leur parcours et dire haut et fort mission accomplie.