Le décès d’un aide-pêcheur de Tourelle aurait pu être évité

Le décès d’un aide-pêcheur de Tourelle aurait pu être évité

Une infraction sera émise au propriétaire du Simdan dans une fourchette variant entre 17 000 $ et 66 000 $.

Crédit photo : Photo Gracieuseté

(Collaboration Dominique Fortier) – La commission de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) a dévoilé ce matin son rapport suite au décès de l’aide-pêcheur Harold Dupuis survenu le 15 octobre dernier à environ 1 kilomètre des côtes de Tourelle.

Deux causes principales expliquent la chute mortelle de l’homme qui travaillait sur le Simdan. Premièrement, l’aide-pêcheur n’était pas suffisamment protégé contre les chutes par-dessus bord alors qu’il s’affairait à attacher l’orin du stabilisateur. Deuxièmement, le bateau de pêche n’est malheureusement pas organisé pour qu’une personne seule puisse récupérer quelqu’un en cas de chute. « Si ce n’est pas possible de mettre un garde-corps suffisamment haut en raison des opérations de pêche, dans certains cas on suggère d’attacher les travailleurs avec un harnais pour les garder à bord […] Le bateau doit aussi avoir le moyen de récupérer une personne à l’eau sans son aide », explique Michel Castonguay, co-inspecteur chargé de l’enquête pour la CNESST. Ce dernier indique que le capitaine a déployé une échelle de secours pour ramener Harold Dupuis à bord, mais que la tâche s’avérait pratiquement impossible pour un homme seul sur une hauteur d’environ 6 pieds.

En conclusion, il est recommandé que le bateau se munisse de dispositifs de sécurité, comme un système permanent de récupération pour homme à la mer, ainsi qu’une bouée attachée à un câble. La CNESST exige également la suspension de tous les travaux liés aux stabilisateurs. Une interdiction de manipuler les stabilisateurs a été émise au propriétaire du Simdan, qui devra apporter certains correctifs de sécurité afin de pouvoir les manipuler de nouveau.

 Une infraction sera émise à l’employeur dans une fourchette variant entre 17 000 $ et 66 000 $. Le montant exact sera déterminé par un juge. Une copie du rapport sera transmise au Bureau de la sécurité  en transport et aux associations des pêcheurs et des propriétaires de bateaux de pêche.

Michel Castonguay, co-inspecteur chargé de l’enquête pour la CNESST.
En bout de ligne, Michel Castonguay estime qu’il s’agit d’un drame qui aurait pu être évité. « Dans mes 27 ans de carrière, je peux vous dire qu’il n’y a pas de fatalité. Il y a toujours des choses qui auraient pu être faites pour éviter une telle situation. Si un garde-corps avait été présent ou si le travailleur avait été attaché, on ne serait pas à discuter de cette situation-là aujourd’hui. » Qui plus est, avec toute la question du port du gilet de sauvetage qui avait été soulevée, l’inspecteur est d’avis qu’il faut davantage travailler à ce que les hommes en mer restent les deux pieds sur le bateau. « Le premier réflexe de tout le monde c’est de demander s’il portait le gilet de sauvetage. Bien qu’on le suggère en tout temps, on vise d’abord et avant tout de s’assurer que les personnes restent sur le bateau. On ne veut pas les faire flotter, on veut les empêcher de tomber! »
Rappel

Les événements remontent au 15 octobre 2017 alors que le bateau de pêche Simdan est en déplacement, à environ un demi mille marin du havre de pêche de Tourelle où il passera l’hiver. À 18 h 30, Harold Dupuis tente d’attacher un câble à la rambarde afin de stabiliser le bateau, mais une vague fait basculer le navire de pêche, éloignant ainsi le câble du stabilisateur de la rambarde. À ce moment, le vent souffle de l’est à 25 noeuds et forme des vagues de 2 à 3 mètres. Au moment de partir, la mer était calme. L’aide-pêcheur tente ensuite de retenir le câble, mais celui-ci l’entraîne par-dessus bord. Au moment de sa chute, l’aide-pêcheur ne porte pas de gilet de sauvetage ni harnais de sécurité et se retrouve à un endroit sur le bateau où il n’y a pas de garde-corps.

Le capitaine du bateau a tenté de remonter son coéquipier à bord du Simdan, d’abord en lui envoyant une bouée de sauvetage puis en essayant d’aller le récupérer à l’aide d’une échelle. Toutefois, le froid de l’eau affecte sérieusement les deux marins. Le capitaine remonte à bord pour tenter de trouver une autre façon de sauver l’aide-pêcheur. L’échelle tombe à l’eau et Harold Dupuis disparait en mer. Des équipes de sauvetage tentent de retrouver l’homme à la mer, sans succès.