Une année occupée dans le Saint-Laurent

Une année occupée dans le Saint-Laurent

Un béluga retrouvé mort en mars dans le secteur de l'Anse-à-Valleau.

Crédit photo : Photo Le Pharillon – Jean-Philippe Thibault

On a l’impression que pas une semaine ne se passe sans que l’on entende parler d’un nouveau cas de baleine noire retrouvée morte ou empêtrée quelque part dans les eaux du Saint-Laurent.

Encore cette semaine, l’une d’elle a été aperçue au large de Percé, encombrée dans un engin de pêche. Le Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins note que depuis le 6 juin, ce sont entre 13 et 15 baleines noires qui ont été retrouvées mortes sur la côte est canadienne et états-unienne. C’est quatre fois plus que la moyenne de 3,8 décès annuellement. Il va sans dire que la situation inquiète, assez pour que le gouvernement du Canada ait récemment imposé une mesure temporaire aux navires de 20 mètres et plus de ralentir à 10 nœuds (18,5 km/h) dans le golfe du Saint-Laurent, afin de tenter d’éviter d’autres morts accidentelles.

Les nécropsies menées jusqu’à maintenant tendent à démontrer que trois collisions avec une embarcation et un empêtrement dans un engin de pêche sont mis en cause. Un rapport de la situation sera publié dans quelques semaines avec les détails des autres nécropsies. « Ces deux causes de mortalité sont les plus fréquemment observées chez cette population de baleines. Entre 80 et 90% des baleines noires de l’Atlantique Nord portent des marques d’empêtrement, explique Josiane Cabana, la directrice du Centre d’appels. Ce sont des animaux très lents, qui vont rester longtemps en surface et qui n’ont pas de nageoire dorsale. C’est impressionnant comment elles peuvent se fondre dans le décor et être facilement happées par une embarcation. C’est en partie la raison pour laquelle elle est en voie de disparation. » On estime qu’il y a environ 525 baleines noires dans l’Atlantique actuellement. Si autrefois davantage d’entre elles étaient aperçues dans la baie de Fundy, de plus en plus sont observées au large du Cap Gaspé, suivant probablement les bancs de nourriture.

Bélugas et autres espèces

Les chiffres de mortalité sont également élevés chez les bélugas, et particulièrement chez les nouveau-nés. Au 28 août, on comptait 16 carcasses de bélugas répertoriées dans le Saint-Laurent, dont au moins 7 nouveau-nés (probablement 8). Des chiffres encore une fois au-delà des moyennes.

« C’est nettement supérieur à ce qu’on observait avant 2010 chez les nouveau-nés. Avant c’était entre 0 et 3 par année et entre 4 et 6 depuis 2013. C’est inquiétant car c’est aussi une population en voie de disparition », ajoute Josiane Cabana, qui précise qu’environ 900 individus sont présents dans l’Atlantique.

Si la mortalité de rorquals se situe dans la moyenne, celle des phoques et des marsouins communs est elle aussi plus élevé que les normales, comme quoi l’année est jusqu’ici assez occupée pour le Centre d’appels du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins.

« Oui c’est une saison achalandée. Le niveau d’alerte est plus élevé chez les riverains et les scientifiques avec le dossier des baleines noires, mais on risque d’avoir des chiffres qui vont surpasser ceux des années passées », conclut la directrice du Centre d’appels.